Les technologies et services mobiles ont contribué à hauteur de 240 milliards de dollars à l'économie africaine en 2025, représentant 7,8 % du produit intérieur brut (PIB) du continent. C'est ce que révèle le rapport Mobile Economy Africa 2026 publié par la GSMA, qui met en lumière la transformation d'un secteur désormais tourné vers l'intelligence artificielle, les services numériques et les API ouvertes.
Après des années consacrées à l'extension des infrastructures, l'industrie mobile africaine entre dans une nouvelle phase. La couverture réseau n'est plus le principal obstacle : près de 91 % de la population africaine vit aujourd'hui dans une zone couverte par le haut débit mobile. Pourtant, l'adoption demeure limitée puisque 63 % des habitants couverts n'utilisent toujours pas l'internet mobile.
Cette situation illustre le nouveau défi du continent : transformer l'accès aux réseaux en véritable inclusion numérique.
Un moteur économique majeur
Selon la GSMA, l'écosystème mobile a soutenu près de 13 millions d'emplois en Afrique en 2025 et généré environ 45 milliards de dollars de recettes fiscales pour les États. À l'horizon 2030, sa contribution à l'économie continentale pourrait atteindre 290 milliards de dollars grâce à l'accélération de la transformation numérique.
Face à cette évolution, les opérateurs télécoms redéfinissent leur positionnement. Ils ne se contentent plus de fournir une connectivité, mais développent désormais des plateformes numériques, des services financiers, des solutions basées sur l'intelligence artificielle et des outils destinés aux entreprises.
Selon GSMA Intelligence, près de huit opérateurs africains sur dix considèrent aujourd'hui leur rôle de partenaire de la transformation numérique comme une priorité stratégique.
L'intelligence artificielle au cœur de la nouvelle dynamique
L'IA s'impose progressivement comme l'un des principaux moteurs de croissance du secteur. Les opérateurs l'utilisent pour optimiser leurs réseaux, améliorer l'expérience client et concevoir de nouveaux services à forte valeur ajoutée.
Cependant, la GSMA souligne un défi majeur : l'Afrique représente plus de 30 % des langues parlées dans le monde, alors que la majorité des modèles d'intelligence artificielle sont développés à partir de données principalement anglophones. Afin de réduire cette fracture linguistique, plusieurs initiatives visent à créer des modèles d'IA conçus à partir de données africaines et adaptés aux réalités du continent.
Parallèlement, les API ouvertes gagnent en importance. Grâce à l'initiative Open Gateway, les opérateurs permettent aux entreprises et aux développeurs d'accéder à certaines fonctionnalités des réseaux pour créer de nouveaux services dans des domaines tels que les paiements numériques, le commerce en ligne, l'identité numérique ou encore la lutte contre la fraude.
L'accessibilité, principal frein à l'inclusion numérique
Malgré ces avancées, l'adoption de l'internet mobile reste freinée par des facteurs économiques. Le coût des smartphones et des services numériques demeure l'un des principaux obstacles pour des millions d'Africains.
La GSMA estime qu'une réduction de la fiscalité sur les appareils connectés et les services numériques pourrait favoriser une adoption plus rapide. Le développement des compétences numériques et l'amélioration de l'accessibilité des services apparaissent également comme des conditions essentielles à une inclusion numérique plus large.
La bataille de l'usage
Les investissements dans les infrastructures restent soutenus, avec plus de 76 milliards de dollars attendus entre 2024 et 2030. La 5G devrait également poursuivre sa progression pour représenter près de 21 % des connexions mobiles africaines d'ici la fin de la décennie.
Mais pour la GSMA, le véritable enjeu des prochaines années dépasse la seule question des infrastructures. La prochaine révolution numérique africaine dépendra de la capacité des populations, des entreprises et des administrations à s'approprier pleinement les outils numériques déjà disponibles.